Formation et Conception

Apprendre à apprendre

 

Apprendre à apprendre 1

 

En matière d’intelligence, nous savons que l’être humain est capable d’apprendre, ce que nous avons constaté depuis longtemps et de façon empirique.

 

 Autrement dit, le constat sur le terrain (au contact de l’apprenant) a servi de guide au précepteur pour transmettre son savoir. Chemin faisant, il a tiré d’un constat auprès d’un étudiant, une règle générale applicable à tous. Cette généralisation, phénomène que nous pratiquons tous, est restée la règle de travail pour éduquer.

 

Elle a généré de nombreux travers et excès pratiqués, même dans les pays les plus avancés en matière d’éducation jusque dans les années 60. En Europe et dans les pays dits industrialisés, la remise en cause de ces pratiques empiriques et souvent discutables prend voix avec l’année 68.

 

 

 

Apprendre à apprendre 2

 

Outre les méthodes brutales ou barbares (physiques ou verbales), aujourd’hui disparues, il reste quelques pratiques inadaptées que la formation de masse impose souvent hélas. Citons, sans que cette liste soit exhaustive :

 

L’apprentissage en l’absence de but (à quoi va me servir d’étudier la chimie, alors que je veux devenir dessinateur)

L’apprentissage par cœur en l’absence de sens (pourquoi apprendre les équations du second degré ou philosopher sur la sagesse)

 

L’apprentissage par discipline sans lien transversal (histoire d’un côté et anglais de l’autre)

L’apprentissage sanction (un 2 en maths ne concoure pas à former des médaillés Fields)

 

Les interdictions scolaires et professionnelles : le droit à l’erreur, le droit à la rêverie, … qui sont pourtant des méthodes particulièrement efficaces pour comprendre.

L’absence de droit à la différence, l’absence d’intégration dans un groupe, l’absence de plaisir, …

Et j’en oublie !

 

Cet héritage du passé nous conduit en France, dans les plus mauvais rangs en mathématiques (alors que la France a toujours produit des mathématiciens). Mais le constat est le même en Français et dans d’autres disciplines.

Est-ce à dire que nos enseignants sont devenus mauvais ou nos enfants idiots?

 

 

 

Apprendre à apprendre 3

 

Non, la réponse est infiniment plus compliquée et bon nombre de professeurs comprennent bien la situation. Rappelons d’un point de vue technique, que l’essentiel de la méthode ancienne repose sur la motivation extrinsèque qui est connue sous la technique de la carotte et du bâton. Cette pratique basée sur l’apprentissage par la peur donne des résultats efficaces…pour les enfants qui n’en n’ont pas besoin. Et qui, quel que soit la méthode, apprennent parce qu’ils trouvent le plaisir en eux, indépendamment du monde extérieur.

 

Ajoutons à des pratiques anciennes, des justifications financières inadaptées (l’école coûte chère : c’est vrai, mais elle est tellement difficile à gérer), des raisons politiques mal venues (80% d’une tranche d’âge au BAC : tant pis pour ceux qui n’aiment ni Pythagore, ni Voltaire) et l’on obtient le résultat que l’on déplore tous.

 

 

 

Apprendre à apprendre 4

 

Les technologies d’étude du système nerveux ayant progressé depuis surtout les années 60-70, on peut maintenant étudier tout le système nerveux y compris la partie supérieure du cerveau, là où se situe les organes liés à l’apprentissage. Il en résulte la compréhension d’un certain nombre de points et parmi ceux-ci quelques-uns qui sont pratiqués depuis longtemps par les enseignants, points pour lesquels l’apport des scientifiques n’est qu’une confirmation :

 

L’apprentissage par le plaisir, l’apprentissage par les sens (voir et entendre), l’apprentissage par répétition, l’apprentissage par la pratique, …

 

Citons aussi quelques constats dont nous avons déjà tirés les premières leçons :

 

Savoir n’est pas comprendre et comprendre entraîne une réelle mémorisation, voir un passage de la phasie à la praxie, souhait naturel de l’être humain (pouvoir faire). En somme sur ce plan, il n’y a pas matière à débat plus que cela. L’apport de sciences cognitives en matière d’apprentissage permettent de transformer des pratiques empiriques en science de la transmission, si je peux me permettre ce néologisme. Les pratiques devenant le résultat d’un constat relevant du protocole scientifique et gagnant sûrement en organisation.

 

Exemple : Nous savons de façon empirique qu’apprendre, c’est, aussi, mémoriser et donc depuis la nuit des temps on cherche à retenir les informations nouvelles.  Les sciences cognitives nous apprennent que mémoriser, c’est recueillir une information, la codifier et la restituer chaque fois que nécessaire.

 

 

 

 

5  Qu’est-ce que cela change ?

 

Beaucoup de choses : Est-ce que je mémorise comme mon voisin ? Comment je fais pour codifier ? Où est-ce que je range l’information pour la restituer le cas échéant ?

 

Tout ceci ne peut apporter que de l’eau au moulin de l’enseignant que nous allons maintenant renommer :

Le transmetteur d’informations ou le passeur de savoir.

 

Grâce aux sciences, il est évident que le métier va prendre un « coup de jeune », vrai dépoussiérage attendu depuis longtemps !

 

 

 

6  Où se situe le débat, dans ces conditions :

 

Faire de l’école un lieu de plaisir, un lieu d’étude et de recherche ouvert à tous. Et avant tout un lieu de débats pour construire le monde de demain ensemble. Bref, une maison commune de savoir et de rencontre.

 

Mais aussi organiser de façon rationnelle son apprentissage et travailler avec les acquis des anciens qui nous ont laissé beaucoup d’éléments. Chercher avec tout ce bagage moderne et ancien à simplifier la transmission du savoir pour la rendre agréable et lui donner un sens et des valeurs.

 

Résumons le bagage ancien pour respecter la nature visible du comportement humain, et le bagage moderne pour respecter sa nature cachée. Nous reviendrons sur ces points, après avoir abordé un autre débat : Intelligence humaine contre intelligence artificielle.